Pratiquer la concentration sur la respiration – 5

La concentration sur la respiration peut-elle changer votre vie ? Oui, à condition que vous acceptiez de changer. Cette technique de concentration ne vous rendra ni riche ni célèbre ; elle vous poussera à trouver votre bonheur en vous-même. Le ravissement que j’ai connu durant mes moments de concentration réussie ne s’oublie pas. C’est un prélude aux états d’absorption, dans lesquels le pratiquant goûte à un bonheur surnaturel, ses pensées étant totalement arrêtées.

Pour arriver à se concentrer aussi fortement sur sa respiration, il faut faire des efforts durant les séances de concentration, mais aussi en dehors. On ne peut pas se disputer avec quelqu’un, puis s’asseoir sur son coussin de méditation : on est beaucoup trop énervé pour pouvoir se concentrer sur quoi que ce soit. La colère est l’un des obstacles les plus évidents à la concentration. Le Bouddha mentionnait cinq obstacles, mais il y a quelques variantes dans les textes. Ce qui est certain, c’est qu’il faut se calmer avant de commencer sa séance, quoiqu’elle puisse aussi aider à être plus calme. La concentration sur la respiration est un exercice de contrôle de soi.

L’agitation mentale est évidemment un obstacle à vaincre. Tout le monde y est confronté, puisque le cerveau est ainsi fait, mais les pratiquants qui gardent l’esprit léger ont plus de chance de pouvoir se concentrer. Internet, ses milliards de vidéos et ses réseaux sociaux nous donnent de bonnes occasions de surcharger nos esprits de pensées, d’idées et d’opinions. Il paraît que chaque personne consulte en moyenne 150 fois par jour son smartphone. Il faudra donc, avant de commencer sa séance de concentration, mettre ces petits appareils de côté. Il y a peu de chance de recevoir un appel vital pendant le temps consacré, surtout si cette séance a lieu en pleine nuit. Quant aux simples notifications, aucune n’est importante.

Rappelons que le but de la concentration sur la respiration est de faire le vide dans son esprit. Les neuroscientifiques vous diront que ce n’est pas possible, que les pensées sont quasi permanentes, que le cerveau est en perpétuelle activité sauf quand on est mort. Ils comprendront leur erreur quand ils examineront le cerveau d’un méditant ayant atteint le quatrième état d’absorption. Il est vrai qu’il est très difficile d’atteindre cet état et que Phramaha Thawanh était l’un des rares hommes du XXe siècle à l’avoir fait.

Ceci dit, même quand on n’en est qu’au stade de débutant, il faut vraiment alléger son esprit, et donc, ne pas mettre trop de choses dedans. Les croyances et les préjugés ne sont pas les bienvenues. Vous pouvez avoir des opinions, mais il vaut mieux ne pas trop s’y attacher : le bonheur des états de la concentration se trouve au-delà de la pensée.

Conditions matérielles

Quinze minutes de pratique méditative peuvent-elles changer votre vie, comme le dit Christophe André ? À cette question, je réponds que ce n’est jamais du temps perdu. La seule lecture des livres de cet ex-psychiatre (maintenant à la retraite) fait déjà du bien, car ils contiennent beaucoup de savoir, de sagesse et de poésie. Que l’on soit en colère ou simplement troublé, la seule prise de conscience de sa respiration permet de se « recentrer sur soi » et de retrouver un peu de calme. Mais une petite pratique donne de petits résultats, tandis qu’une grande pratique donne de grands résultats. Je ne sais pas si les cours de méditation d’André ont été soumis à des évaluations scientifiques, mais je suis sûr que seuls ses clients ayant beaucoup pratiqué ont acquis de solides bénéfices.

Peu de gens pensent que 10 minutes de concentration par jour suffisent. C’est le chiffre donné par Walpola Rahula dans son livre L’enseignement du Bouddha. Il a été corrigé à 20 minutes par des membres de l’Association bouddhique khmère de Créteil, dont j’ai acquis les publications en 1986. Je pense que les débutants peuvent commencer avec 10 minutes, puis qu’ils doivent essayer de monter à 20 minutes, voire plus. Une demi-heure m’a toujours semblé être une durée de pratique minimale, mais j’ai ressenti les premiers bénéfices véritables de la concentration sur la respiration après être monté à une heure.

Tout le monde ne peut pas consacrer une heure par jour à cette pratique. Si vous avez un travail et une famille, cela me semble difficile, mais je ne connais pas la situation particulière de chacun. Il faut probablement réserver un moment avant de dormir. Si vous avez un conjoint, il est nécessaire d’avoir son soutien. C’est encore mieux si vous pratiquez ensemble la concentration. Cela dit, beaucoup de gens vivent seuls. La solitude est même l’un des grands problèmes de notre société. Elle concerne particulièrement les personnes âgées.

Cependant, la solitude est un avantage pour ceux qui veulent se consacrer à des pratiques méditatives. Dans notre société, il n’est pas nécessaire de se retirer dans les profondeurs d’une forêt pour ne plus avoir de relation avec personne, comme l’a fait Phramaha Thawanh. On peut le faire en restant simplement chez soi, avec quelques sorties pour faire ses courses et prendre l’air. Le fait de ne pas se soucier de la nourriture est un avantage certain. Cependant, il ne faut bien sûr pas se laisser perturber par la télévision ou un autre écran.

Trouver un endroit silencieux

On n’a pas besoin de silence pour pratiquer la méditation de pleine conscience, car elle consiste à s’observer. Les pratiquants peuvent donc être dérangés par des bruits et noter comment ils y réagissent. Au contraire, la concentration sur la respiration demande le silence. Les bruits sont des perturbations, surtout s’ils sont violents. La pratique de cette forme de concentration dans un lieu bruyant peut donc être difficile. Je pense aux logements citadins, où l’on entend continuellement le bruit des voitures. Ce n’est toutefois pas insurmontable. J’ai expérimenté pour la première fois les bienfaits de la concentration sur la respiration dans une chambre donnant sur une rue à grande circulation.

La pratique de la concentration s’est révélée difficile dans un immeuble construit dans un village des Ardennes, à cause du chant des oiseaux. Le jour où j’ai essayé de me concentrer, ils étaient complètement déchaînés. La campagne n’est pas forcément plus silencieuse que la ville ! En ce moment, je suis dans un appartement de Belfort. Il est assez calme, mis à part le bruit que font les conduites d’eau quand le chauffage est allumé, mais on s’y fait. À cela s’ajoutent des bruits créés par le cerveau, les acouphènes, auxquels plusieurs millions de Français sont confrontés.

Si vous n’avez pas d’endroit silencieux, le mieux est de faire sa séance de concentration pendant la nuit, très tôt le matin si vous êtes un lève-tôt, ou avant le coucher, en espérant que vos voisins ne restent pas bruyants jusqu’à une heure tardive. La pollution sonore est un véritable fléau. Cependant, la plus importante pollution à laquelle nous sommes confrontés est intellectuelle, due à la télévision et surtout à tous les moyens que les grandes entreprises de la « tech » utilisent pour capter notre attention. Ils diminuent notre capacité de concentration.

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